Avoir toujours les idées claires

On ne s’imagine pas assez souvent les philosophes au travail. De même on ne se représente guère ce qu’implique, en pratique, le travail de la pensée. Je me souviens avoir été très marqué par le film qui raconte la vie de la philosophe Hannah Arendt (1906-1975), sorti en 2012 et réalisé par Margarethe von Trotta. L’intellectuelle dont il est question a bouleversé le monde entier par sa pensée incisive, désarmante de recul et d’objectivité, d’autant qu’elle fut produite dans les circonstances insoutenables de la découverte des exactions nazies. Comment Hannah Arendt envisageait-elle son travail ? Comment l’organisait-elle ? Que fait-on concrètement quand on fait profession de penser ? On y voit l’héroïne se débattre avec ses éditeurs, ses détracteurs, on la voit au public comme au privé, mais surtout, on la voit penser. Et devinez comment la cinéaste a filmé l’actrice tenant le rôle titre en train de penser ? Sur un divan austère, allongée, endormie. Il faudrait faire le décompte des minutes et des plans consacrés à montrer l’actrice assoupie, à un mètre de sa machine à écrire tout entourée de désordre et de papiers chiffonnés ! Pour moi, c’est très clair : exceller, c’est d’abord sommeiller.

La vraie fatigue n’est pas celle qu’on s’imagine…

Le repos, au sens général du terme, est aussi important pour le corps que pour l’esprit : pour en tirer de réels bénéfices, il est nécessaire de se préoccuper de la qualité de son repos. Entre autres choses, un repos efficace permet d’apprendre mieux, d’intérioriser les méthodes et de se rendre prêt à en acquérir de nouvelles. Quand on a de l’ambition et qu’on veut réussir, il faut impérativement prévoir de se reposer régulièrement, même si l’on a l’impression de ne pas en avoir le temps. Cela permet de travailler mieux, d’être plus concentré et plus efficace. Le repos du corps est le plus facile à ménager : en dormant suffisamment et en évitant l’activité physique le temps qu’il faut. En donnant à son corps un temps de pause, on laisse toute latitude à son pouvoir régénérateur. Les muscles, la peau et tous les tissus se réparent mieux quand on dort bien, et le résultat est qu’on se sent mieux pour affronter la vie. Bien dormir a des bénéfices cognitifs concrets : la mémoire s’organise et se fixe pendant le sommeil. Cela est si vrai qu’on conseille de dormir dix minutes après un moment d’apprentissage pour laisser son cerveau enregistrer durablement l’information. Mais le repos n’est pas qu’une affaire de physiologie. C’est aussi un impératif psychologique. Ce qui fatigue le plus en effet, surtout dans notre monde, n’est pas tant l’effort du corps que l’effort de l’esprit. Aussi, se reposer psychologiquement est tout aussi essentiel, voire même plus important encore. Il est primordial de laisser son psychisme tranquille régulièrement, face aux pressions sociales, mentales et morales qu’on lui fait subir. En reposant sa psyché, on se recentre sur l’essentiel, on gagne en confiance en soi et on se sent plus motivé, et plus vivant.

Remettre le repos à plus tard ?

Nous sommes tous coupables de maltraitance envers nos corps et nos esprits. Qui ne s’est jamais dit qu’il ou elle profitera du week-end pour faire la grasse matinée en espérant rattraper le sommeil en retard ? Qui ne se dit jamais « ne pas avoir le temps de faire de pause » ? Qui n’a jamais repris café et autres boissons soi-disant énergisantes pensant que ça aide à « tenir le coup » ? Et pourtant, les matins prolongés au lit sont peu réparateurs et certainement pas suffisants pour rattraper plusieurs jours d’activités menées au détriment du sommeil. Quand on tire ainsi sur la corde pendant plusieurs semaines de suite, on finit K.O., souvent malade, car le corps puise dans ses dernières ressources pour tenir. On finit devant l’impérieuse nécessité de prendre plusieurs jours à ne vraiment rien faire (je ne parle pas ici des vacances, mais des périodes d’activité), ou à passer en convalescence. Ce qui, dans certaines circonstances, ne va faire qu’accroître le stress général, en empêchant de travailler régulièrement à la tenue des dates limites, par exemple. Ne pas se reposer régulièrement est complètement contreproductif. Pour une heure de « travail » gagnée sur un temps de loisir ou sur la nuit, on sape sa santé, son moral et on compromet, à très court terme, son assiduité à ses tâches essentielles. Il ne sert vraiment à rien de nier sa fatigue. Vouloir terminer à tout prix au lieu d’aller dormir, ou pire, rester devant ses notes ou son ordinateur des heures durant sans rien faire, au lieu d’aller se coucher, est une dette temporelle qu’on contracte immédiatement, et qu’il faudra rembourser dans les jours qui suivent, au détriment de ses engagements ou de ses projets. Enfin, pour vraiment réussir tout ce que l’on fait, il ne faut en aucun cas négliger la fatigue psychologique, qui compromet, elle, son intégrité mentale et sa motivation même. Prévenir le surmenage est une question de survie !

Gagner du temps

Chaque chose en son temps. Pour employer votre temps de manière optimale, c’est-à-dire travailler au mieux le plus longtemps possible, il faut planifier vos pause et votre sommeil. Tout est affaire de rythmes. Ce n’est pas parce que vous ne vous « sentez pas fatigué » qu’il ne faut pas aller vous reposer. De la manière qu’il est déconseillé d’attendre d’avoir très soif pour boire (la soif est le symptôme de la déshydratation), ou d’avoir les paupières lourdes pour arrêter sa voiture quand on est volant, il faut aller se reposer à intervalles réguliers, sans se poser de question. Décidez de l’heure à laquelle vous allez vous coucher, et tenez vous-y. Prévoyez de faire une pause de quinze minutes toutes les heures et demi ou toutes les deux heures, que vous en ressentiez le besoin ou non. Ce ne sera jamais une perte de temps, bien au contraire. En vous imposant ces moments de répit, vous détendez votre corps et votre esprit. Si vous observez cette règle assidûment, vous en constaterez immédiatement les bienfaits : vous reprendrez toujours le travail avec entrain, vous serez plus concentré et plus investi, donc plus efficace. Cela paiera à moyen terme sur vos résultats, sur votre satisfaction personnelle, et sur votre sentiment d’accomplissement personnel. Quand on prend du recul, on perçoit aisément que des pauses régulières, aussi trivial que cela puisse paraître, ferons de vous la personne accomplie et heureuse que vous vous devez d’être. Enfin, vous devez être bien conscient que la fatigue est plus souvent psychologique que physique, surtout si vous étudiez. On a tendance a faire l’amalgame des deux. Pourtant la fatigue psychologique est notre mal à tous, et nous devons le soigner. Les réseaux sociaux, la publicité, les diplômes, les personnalités qu’on élève en exemples, sont autant de facteurs qui contribuent à déformer nos perceptions et à nous imposer des valeurs et des désirs qui ne sont pas les nôtres. Nous vivons dans un monde où le maître mot est « influence ». Nous sommes tous influençables et influencés. Et cela nous épuise parce que nos esprits sont parasités par de fausses envies ou des pensées qui ne sont pas les nôtres. La fatigue morale vient aussi dès lors qu’on se laisse envahir — et l’on n’a parfois pas le choix — par mille petites tâches quotidiennes qui nous causent autant de soucis inutiles. La persistance de ces derniers dans nos pensées pendant les moments libres est particulièrement toxique. Un moyen de reposer son psychisme ? Lutter contre l’anxiété, se reconnecter à ses envies à soi, et… se dépenser physiquement. En faisant du sport, en allant marcher longuement, en allant nager, en prenant des vacances sportives, randonnée, camping sauvage, treks, entre autre, on oblige notre esprit à se concentrer sur nos besoins essentiels, physiques. Cela a un effet immédiat sur la psyché : on fait le tri de tout ce qui est important et de ce qui est superflu. On se rend compte qu’on n’a pas forcément envie de faire telle ou telle tâche, ou de s’investir dans tel ou tel projet, mais au contraire d’entreprendre telle ou telle autre chose. Se révèlent à nous alors les visages de ceux qu’on aime vraiment, et qui comptent pour nous. Les autres disparaissent de la pensée et on finit par se demander comment on a pu leur accorder autant d’importance. Quand la fatigue psychique se dissipe, seuls restent à l’esprit les éléments essentiels à notre bien être et à notre sentiment d’accomplissement. Et c’est là la vertu ultime du repos véritable.

Le temps et l’espace du repos

Les pauses pendant la journée

Quand vous êtes en pause, coupez votre téléphone. Quinze minutes sans messagerie ne vous couperont pas du monde, et votre cerveau vous remerciera. Étirez-vous. Cela peut se faire en public, personne ne vous en tiendra rigueur. Respirez profondément, concentrez-vous sur le mouvement de votre cage thoracique, même quelques secondes seulement. Cela vous reconnectera à la seule chose qui soit réelle et tangible : votre corps. Le reste est virtuel, mental, imaginaire, en somme. Buvez de l’eau, regardez par la fenêtre, videz vos pensées. Vous n’en perdrez pas votre intelligence, n’ayez crainte ! Votre cerveau se recharge, en réalité. Il se détend comme les muscles après l’effort. Vous ne vous aviseriez pas de courir encore un kilomètre après un marathon, donc ne faites pas subir cela à votre cerveau. Si vous lisez ou écrivez deux heures, vous avez tiré sur vos ressources mentales. Laissez-les se reconstituer le temps d’une pause. Si vous en avez la possibilité, allongez-vous, fermez les yeux, concentrez-vous sur votre respiration. Attention, mettez quand même un réveil au cas où vous vous endormiez pour de bon : dormir longuement en milieu de journée risque de dérégler les cycles de votre sommeil.

Le sommeil

Il y a de nombreuses polémiques autour du temps de sommeil recommandé. Quand on étudie et qu’on prend soin de soi, mieux vaut prévoir huit heures. Côté pratique, il est préférable, si possible, d’aménager l’endroit où vous dormez. Votre chambre doit être idéalement uniquement dédiée au sommeil. N’y travaillez pas, si cela est envisageable. D’une manière générale, ne travaillez jamais sur ou dans votre lit. C’est une terrible habitude qui vous fera associer les difficultés du travail avec l’espace de votre lit : il est connu que cela crée de vraies insomnies, chez certaines personnes. Dans l’endroit où vous dormez, collez de l’adhésif sur les diodes des appareils électriques, fermez rideaux et volets, bannissez le téléphone, l’ordinateur ou la tablette de votre lit. Il faut que votre matelas soit adapté à vos besoins et que vos draps ou couette soient propres. Tout inconfort compromet le repos.

Trouver le sommeil

Les boissons chaudes (pas de café ni de thé ! Pensez tisanes) apaisent et détendent. Buvez une tisane à la camomille ou à la valériane, avec du citron si vous aimez.- Les glucides complexes stimulent la digestion, ce qui favorise l’endormissement. Mangez des amandes (non salées ! Le sel fait monter la tension) en particulier. Évitez tout aliment sucré type gâteaux, biscuits, ou desserts : les sucres rapides font faire le grand huit à votre métabolisme et généreront de l’inconfort et de la nervosité avant de vous coucher.- Pensez aux livres papier et rangez dans un tiroir liseuses ou tablettes à écran rétroéclairé. La lumière des écrans dérèglent la perception du cycle jour-nuit et perturbent réellement le sommeil. La lecture sur papier au moment du coucher aide réellement à s’endormir, essayez ! Prenez un beau roman, surtout pas d’histoire d’horreur ou de récit dérangeant, vous ne voudriez pas inviter des cauchemars dans votre lit.- Le corps abaisse sa température avant le sommeil, rafraichissez votre chambre en baissant le chauffage ou en ouvrant la fenêtre un moment. Vous pouvez aussi prendre un bain à 37° ou moins, pour faire baisser la température de votre corps et vous mettre dans de bonnes conditions d’endormissement.- La musique douce peut aider à déconnecter ses pensées et à glisser dans le sommeil. De la musique classique sans à coups ni grandes envolées. Pensez aux morceaux pour le piano de Chopin ou Bach si vous avez besoin d’une première référence. Il existe aussi, pour aider à méditer ou à s’endormir, des enregistrements de bruit blanc ou de pluie (cherchez sur YouTube) qui sont parfait pour l’effet que nous recherchons. Et n’utilisez pas de casque : il pourraient glisser ou vous gêner, et donc vous réveiller…- Sortez du lit en cas d’insomnie : levez-vous, lisez un livre papier à votre bureau, écrivez vos pensées ou tout ce que vous voulez sur un cahier ou journal. Souvent, au bout de vingt minutes, on se recouche pour s’endormir durablement. N’allumez en aucun cas d’écran, et ne reprenez surtout pas votre travail, vous risqueriez de faire venir du stress dans votre moment de repos.- Faites des exercices de relaxation : Concentrez-vous entièrement sur votre respiration, par exemple. Autre technique très efficace : comptez à rebours en partant de 300. Ou bien visualisez des scènes reposantes- Essayez des compléments alimentaires, à condition d’avoir eu l’approbation de votre médecin.

Gérer le repos

Se reposer est tellement important pour votre réussite, qu’il est nécessaire de réellement en planifier les moments. Vous pouvez pousser très loin la planification de votre journée, à vous de voir d’abord quels sont vos objectifs et vos besoins. Les propositions qui suivent visent essentiellement à préserver la capacité à bien s’endormir au moment d’aller se coucher, en anticipant ce moment au cours de la journée.- Prévoyez un moment de dépense physique : à l’extérieur (marche, course, entre autre) ou à l’intérieur (exercices au sol, danse, entre autre), d’au moins une demi heure.- Planifier des pauses obligatoires : de dix à trente minutes, à intervalles réguliers de deux heures, par exemple.- Envisagez des siestes brèves, possiblement quinze minutes après chaque repas, au calme, ou bien dix minutes après une séance de révisions. Dormir après manger vous évitera de somnoler en début d’après-midi, et dormir brièvement après un moment d’apprentissage contribue à fixer les connaissances.- Après 14h, ne buvez plus de café, de thé ou autre boisson caféinée, si vous avez du mal à vous endormir le soir. Les effets de la caféine se font ressentir plusieurs après absorption, prenez cela en compte si vous y êtes sensibles.- Pour amener le sommeil, il est recommandé de dîner 3h avant le coucher, de tamiser les lumières 1h avant d’aller au lit pour favoriser l’endormissement. Mangez équilibré pour ne pas avoir mal au ventre au moment du coucher.Consultez un médecin sans attendre si vous avez des problèmes d’endormissement ou de repos persistants !

Gérer l’anxiété

Les conseils suivants ne s’appliquent que pour l’anxiété légère et passagère, par exemple à la veille d’un examen ou d’une échéance. Si votre anxiété est permanente ou intense, il faut impérativement consulter un médecin : les causes peuvent être multiples. Mais les solutions sont nombreuses. Prenez soin de vous !- Écrivez dans un journal, avant d’aller vous coucher, et à la main, avec _un stylo et du papier_ (la luminosité des écrans est toxique pour le sommeil et la relaxation) tout ce qui vous passe par la tête : les bons et moins bons moments de la journée, ce que vous avez hâte de faire ou de voir. Si votre anxiété est liée à des inquiétudes précises, écrivez-les, déversez-les sur le papier, littéralement.- Faites de l’exercice ! Allez courir, ou nager ou marcher. Prenez l’air, dépensez-vous. Cela déchargera votre mental et allègera votre fatigue psychologique.- Affrontez vos inquiétudes. Ne les esquivez pas, ou bien elles tourneront en boucle dans votre tête. Regardez-les en face, laissez leurs pires scénarios se dérouler dans votre tête. Il ne peut rien vous arriver : ce n’est que dans votre imagination. Souvent les inquiétudes sont superficielles : si on les déroule ou qu’on les questionne, elle s’évaporent. D’une manière générale, affronter ses inquiétudes peut aussi consister à en parler à des proches, voire à des professionnels, ne laissez pas votre anxiété vous dominer, d’aucune manière.- Libérez vos émotions ! Riez à gorge déployée, pleurez à chaudes larmes que vous soyez une femme ou un homme, et dites toujours ce que vous ressentez à quelqu’un de confiance. Retenir ses émotions génère de la frustration, de l’angoisse, des pensées négatives. C’est contre-productif. Si vous n’aimez pas montrer vos émotions, prenez le temps de vous retrouver seul et de pleurer, rire, ou taper dans un coussin. Les émotions sont une énergie qui doit circuler.- N’attendez pas d’être vraiment mal en point pour en parler à un psychologue ou un médecin. Dans certaines circonstances, on a plus besoin de thérapeutes que d’amis, aussi sincères soient-ils.

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